Live report : Burning Heads Vs The Bizounours Fuckeur (by Trent - 09/06/2015)

   En Mai fais ce qu’il te plaît et les assos du Nord, elles, avaient bien envie de sortir les planches à roulettes pour un ride à l’ancienne sur la route du Punk Rock mélodique.  Et hop, un ollie flip du duo Bolster Your Friends / Tchek L’Asso avec la programmation le 11 mai au El Diablo à Lille : Burning Heads supportés par Not Scientist et The Rebel Assholes. Et ziou, un full cab d’Anticore Shows & Friends qui nous ont servi un bon goûter le 17 mai au Shaka Laka à Hazebrouck  avec une date de la tournée revival des Seven Hate en compagnie de la scène locale (Short Days, Waiting Room, Get Ready For The Crumble Spit). Et vraiment pour les mecs qui ont pris de la brioche au point de plus pouvoir pusher assez vite pour se rendre aux deux premiers événements le Centre Culturel Culturel Effel de Carvin proposait de faire à la salle des fêtes un rappel des Burning Heads avec en première partie The Bizounours Fuckeur.

NB : Non, j’ai pas pris du bide… ‘fin à peine quoi.

21H30, après avoir payé, une des deux gentilles dames chargées de tenir la caisse me tend mon billet. Son numéro : 26. C’est pas le public qu’attend AC/CD ce soir au stade de France, mais pour une deuxième date jouée à seulement une dizaine de jours d’intervalle dans la même région c’est pas ridicule non plus. D’ailleurs, en poussant les battants, après m’être fait tamponner le dos de la main par un des hommes de main du plus gros caïd de la pègre locale, à moins que la mode vestimentaire actuelle des services de sécurité soit vraiment au costume et mocassins, force est de constater qu’il n’y pas que 26 personnes à l’intérieur. Bon c’est vrai il y a un certain nombre d’organisateurs et bénévoles, mais à la louche on est sûr au-delà des 50 ! Sauf que la salle est très grande, du genre capable d’accueillir à l’aise le repas dansant des aînés ou la soirée couscous du judo. Çà va pas être facile pour les Orléanais d’enflammer le lieu.

C’est bien sûr volontairement que j’arrive aussi tard. Pour être tout à fait clair, The Bizounours Fuckeur : j’ai jamais entendu parlé et on peut pas dire que le nom ait contribué à éveiller en moi une once de curiosité.  Les mecs sont tout juste en train de terminer « A la chaleur des missiles », une reprise des Sheriff. J’ai eu tort, derrière ce nom de groupe ne se cache pas une clique de collégiens mélangeant blagounettes, reprises de Nirvana et Green Day mais deux gars, un guitariste et un batteur qui ont déjà bien roulé leur bosse et font avec sincérité du Punk Rock depuis plus de 25 ans. Mais j’ai aussi eu raison, ma période Punk Rock 2 temps est définitivement révolue bien qu’elle m’aura très fortement aidé à lâcher la cuillère, que je trempais dans la soupe servie par les radios et la télévision. Je me dirige donc vers le merchandising, tandis que les Bizounours s’en prennent encore plein le postérieur via une dernière chanson, « Y en a marre », que je suppose être une compo.

Sur le stand des Burning Heads, personne, plutôt logique vu qu’il va falloir se préparer. Je jette donc un œil à côté, le stand est celui du label/distro La Société Pue. De ce que j’en connais, le registre est plutôt Anarcho-Punk et pareil, c’est pas vraiment mon truc sauf que dans l’un des bacs, bim je capte de suite un vinyle 6 titres de Makach. J’avais tout juste vu 5 min d’un de leur set il y a plus d’un an au cours d’une sorte de mini festival local dans un squat lillois ; j’étais resté scotché par la prestation pleine d’énergie positive de ce groupe mené par une chanteuse, qui débite les mots à la vitesse d’une mitraillette. Du coup, ça me permet d’engager la discussion avec le gars super sympa qui tient la distro.

Le temps d’aller déposer le skeud dans ma bagnole et les Burning Heads font les balances. « 1, 1-2, test, 4-5-6, Bender, Beeeendeeer ! ». Bender c’est l’ingénieur son de ce soir et les Burning Heads s’amusent et s’amuseront  même encore pendant tout le set à le mettre en boîte.  N’empêche qu’il  aura assuré Bender, le son sera loin d’être dégueu. Bon maintenant faut y aller. Le groupe propose au public de se passer du protocole théâtral visant à quitter la scène / attendre qu’on applaudisse / qu’on gueule le nom de la formation pour qu’elle revienne et commence à jouer. Ainsi après avoir tout simplement largué les pulls, c’est parti pour un petit reggae.
Le choix est judicieux, comme ça se presse pas devant la scène autant réchauffer l’atmosphère progressivement. Une fois rappelé que le car de Tchécoslovaques qui était attendu ne viendra pas et qu’en conséquence on peut pleinement profiter du premier rang, les punk rockeurs de la région Centre déroulent maintenant en force, principalement avec des titres énergiques du dernier double album
Choose Your Trap puis en intégrant progressivement un peu plus de « vieilleries ».

Ce soir, il y a parfois des bruits de delay un peu bizarre, des riffs un peu galère à sortir surtout sur les anciens titres comme Reaction, des tout petits flottements… mais ce soir, dans une salle certes trop grande et devant un public timide, les Burning Heads, comme 99 fois sur 100, ça défonce !!!  Après 25 ans de Punk Rock, ça jump toujours autant du côté du bassiste, même à en faire trembler et claquer le retour de scène, ça joue à fond de balle à en faire péter les cordes du côté des  guitares, le chant est comme toujours habité par la conviction et la rage. Petite mesure de l’effet à mi-concert : un crowd surfin’ improbable et une poignée de kids qui dance dans un style à mi-chemin entre le twist et la dance de la poule. Si on veut boucler la discographie des Burning, il ne leur reste donc plus qu’à jouer 200 chansons… ça risque d’être compliqué. Pas de Break Me Down bien que le nom de la chanson revient plusieurs fois  dans la bouche du public mais la sélection rétro du soir reste des plus sympathiques: Gigi Pirate, Hey You (la version toute énervée hein), Handcuffed, Whole Life, Angry Sometimes, Swindle… Le set aura bien sûr son petit lot de reprise avec In The City de The Jam ou encore No Way de The Adolescents pour laquelle Bender viendra  filer un coup de main à la gratte.


Et la conclusion est une nouvelle fois sans appel : les
Burning Heads auront surfé et surferont encore un moment au-dessus de la vague avec une cohérence musicale bluffante et des titres à l’épreuve du temps.

Je fais un dernier passage du côté des stands pour acheter ce fameux dernier double album punk/reggae.  Le batteur en profite pour filer gratuitement des CD deux titres promotionnels tirés de l’album Taranto, « pour la collec’ ». Je retourne la pochette et lis l’une de ces phrases accrocheuses sortie d’une critique qu’on appose souvent sur ce genre d’objet. Et dans cette phrase il y a un mot qui résume définitivement ce que représente les Burning Heads dans le paysage du punk rock : la classe.

merci à Mike pour les vidéos