Exposition Tim Burton (by Nox - 17/05/2012)

Après être passée à Melbourne, Toronto, L.A et New York, l’expo Burtonienne débarque enfin à Paris. 

L’idée d’une Exposition sur le monde de Tim Burton émergea des conservateurs du MoMa (Museum Of Modern Art) de New-York. Ils ont donc été invités dans le studio, la maison de l’artiste, afin de fouiller pour trouver des trésors.
Burton lui même dit «  Ils ont trouvé des choses dont j’ignorais qu’elles existaient encore ». Le réalisateur se dit désorganisé et c’est grâce aux conservateurs du MoMa, que l’on a mis la main sur certaines pièces exceptionnelles.

Il était primordiale de montrer dans l’exposition un processus de création et pas d’étaler des œuvres.  Car pour l’artiste, ce fût une expérience étrange de voir ces choses dans un autre contexte. C’est à dire, qu’il y a une démarche assez indiscrète de sortir des œuvres d’un tiroir, et, de les donner à voir à un large public.  Au départ, ce projet le rend mal à l’aise, mais, l’idée de montrer un processus plutôt que l’art lui même le satisfait. En effet, l’exposition Tim Burton met en avant la manière dont les idées, la racine d’un projet, peut émerger. C’est donc dans cette optique que l’exposition Burton est née.

On pénètre dans l’exposition par un couloir aux murs rayés blanc et noir, qui nous fait penser de prime abord à l’esprit burtonien. La première salle est celle des polaroids géants.  Dans cette salle on trouvera donc une série de photographies, ayant pour sujet les personnages de « The Nightmare Before Christmass », avec entre autre,  les têtes de Jack Skellington et de Sally ou encore des photographies de Lisa Marie maquillée en Sally.




Une seconde série insolite et déroutante, nous met en scène un chien avec des bois de cerf, un cactus doté d’yeux, un arbre avec des hippocampes suspendus et j’en passe. Le style de Burton est un savant mélange entre l’esthétique Gothique et cyberpunk, où il mêle déstructuration et éléments insolites.

La Seconde salle nous plonge dans une ambiance « dark » qui a pour seul éclairage des néons ultraviolets. Le mur gauche est recouvert de créatures peintes en blanc et qui sont mises en valeur par la lumière noire.

Burton nous présente aussi des petites toiles réalisées avec de la peinture fluorescente, ainsi que son « Carousel ». Cette installation a été réalisée spécialement pour le MoMa, elle représente un manège avec des créatures monstrueuses de couleurs fluos, sous laquelle  a été placé une boule électrique.  Les petits monstres tournent sur une musique de fond réalisée au Thérémine par Danny Elfmann. Cette œuvre rappelle la passion de Burton pour les films de Science fiction des années 50. Cette salle fait penser aux ambiances de la fête foraine et des monstres de foire ; elle est la préférée de ses propres enfants.



En sortant cet espace, nous voilà dans la plus vaste salle de l’exposition le « Burtonarium ». Nous retrouvons dans un premier temps les personnages qu’il a créé pour son livre « The Melancholy death of Oyster Boy », avec en vedette « Stain Boy » qui est en tête d’affiche pour cette exposition. On retrouvera la diffusion des courts métrages d’animations mettant en scène ces différents personnages « The world of Stain boy », des dessins, des pages d’écritures, ainsi qu’une installation Diorama à l’effigie du super héros. On retrouve également une vitrine où nous sont présentées les figurines « Tragic Toy » inspirés du recueil de poème de Burton. En face on a une installation électrique de « Robot Boy ».

  

Au centre de la pièce trônent trois sculptures monstrueuses aux dents acérées symbolisant la famille :



 Ici, contre toute attente la mère est la créature la plus petite, le fils domine par sa hauteur, alors que, le père est entre les deux.  Cette installation fait écho à la partie « Créatures » où sont présentés les divers monstres imaginés par l’artiste. On retrouve ainsi des créatures multicolores, aux dents innombrables, avec ou sans tentacules… Mais ces monstres sont finalement plus pittoresques et carnavalesques que menaçant.  Dans les réalisations artistiques de Burton aussi bien picturales, sculpturales ou cinématographiques, son but n’est pas de faire peur, mais de créer une empathie, pour ces personnages censés être effrayant.  Tim Burton dès son enfance est fasciné par les films fantastiques, d’horreurs, et de science fiction ; c’est depuis qu’il aime créer des créatures multiples et diverses.

Ma partie favorite de l’exposition est la série de dessins sur les « Couples ». Burton y représente des caricatures accompagnées de phrases mordantes, ce qui donne un résultat très comique.



Cette série dénote une grande observation du genre humain, tant sur l’aspect physionomique que psychologique. On a ensuite la série des « Pirates », où il se permet d’exagérer les codes graphiques de l’imaginaire de la piraterie ; et enfin nous avons la série des « Clowns ».



Cette série de visages torturés, rieurs et menaçants montre bien que l’artiste est effrayé et fasciné par ces êtres. Ici, ce sont des êtres humains, mais étrangement ils paraissent bien plus menaçants et destructeurs que les créatures évoquées précédemment.



La seconde grande partie de l’exposition est intitulée «  Tim Burton, l’enfance de L’art ». On nous présente ses premiers travaux qui révèlent son goût pour le cinéma d’horreur, fantastique. En effet, Burton idolâtrait le réalisateur Ed Wood, qui était un marginal incompris  et l’acteur Vincent Price, dont il fait un portrait. Cette partie est consacrée à ses débuts, il habitait Burbank et s’ennuyait dans cette ville si commune ; et cela nous fait penser directement à la banlieue résidentielle d’ « Edward aux mains d’argent ».

Ensuite, on s’intéresse à son expérience chez Cal Arts, l’école d’animation de Disney.  Il y eut des cours très classiques de perspective, d’histoire de l’art…

Il réalisa des études pour « The Black Cauldron » (Taram et le chaudron magique), qui ne seront pas prises en compte dans la version finale.

Il a également réalisé un projet d’envergure « Trick or Treat », qui parle d’une nuit d’Halloween dans une maison hantée. Burton y met en scène tout un panel de monstres difformes et colorés, et, il exagère le côté angoissant de la maison. Mais là encore son projet n’aboutira pas. Dans cet espace est présenté le court métrage « Hansel et Gretel » accompagné des quelques dessins.

En face, nous est diffusé son cours métrage d’animation « Vincent » dont la voie off n’est autre que celle de Vincent Price lui même, qui au passage, joue le rôle du vieil inventeur dans « Edward aux mains d’argent », et on expose une grande quantité de dessins préparatoires, extraits manuscrits, story board,  ainsi que les deux figurines mises en scène dans un décor, qui illustrent le stop motion. 



Le MoMa a absolument tenu à ce qu’on expose les figurines et dessins préparatoires du prochain Stop Motion dont la sortie est prévue le 31 octobre 2012, « Frankenweenie ». Ce film d’animation est en fait un remake du court métrage du même nom que Burton a réalisé en 1984.



Nous entrons enfin dans la troisième et dernière grosse partie de cette exposition, « Tim Burton cinéaste ». Pour Tim Burton dessiner lui permet de mettre ses idées en place en remplaçant ainsi les mots. C’est pour cela, que l’on trouve de nombreux dessins très variés en préparation de ses films. Ce processus de création est d’avantage mit en valeur avec la partie cinématographique, car on voit l’idée du projet ainsi que ce qu’elle est devenue. Le dessin tient donc un rôle très important dans le processus de création de Tim Burton.  Tous les films du cinéaste sont ici présentés par le biais de dessins, de pages griffonnées, d’objets, de figurines, de costumes… ayant servis aux films. On nous présente par exemple, les yeux de large Marge dans « Pee Wee‘s Big Adventure ». Les costumes d’ « Ed Wood » avec le pull en angora, le costume d’ « Edward », ou encore la robe d’Eva Green dans « Dark Shadows ».

On a également les marionnettes de « Corpse Bride », le cerf en lierre et le robot à faire des cookies d’ « Edward aux mains d’argent »,  les têtes des différentes expressions de Jack Skellington, les marionnettes de « Charlie et la chocolaterie », l’épouvantail de « Sleepy Hollow »...

Enfin nous terminons l’exposition par un cadre contenant toute une série de serviettes sur lesquelles Burton a dessiné. Elles proviennent du monde entier, Paris, Tokyo, Las Vegas, Londres…Burton dessine sans répit c’est avant tout une manière de s’exprimer qui lui permet de fixer ses idées mieux que des mots.
L’exposition a été très attendue par son public, qui n’est pas déçu. Lorsqu’il dessine et réalise son projet, il dit lui même ne pas revenir dessus «  I just move on ». De plus, certaines pièces ne sont pas exposées à Paris comme notamment : le berceau ou le costume de Catwoman dans « Batman le Défi », ou encore les marionnettes de « The Nightmare Before Christmas », l’entrée monumentale en gueule de monstre du MoMa … Cependant nous avons des œuvres qui ne figuraient pas dans les précédentes expositions, tels que les pièces de « Dark shadows », les figurines de « Frankenweenie », ou encore le cadre avec les serviettes dessinées.

En tout l’exposition présente 750 œuvres, ce qui nous offre une très grande variété et profusion de dessins, gribouillages, écrits, sculptures, objets …
L’aspect critique que je développerai est : de séparer les productions cinématographiques de la production artistique indépendante ; car, si on voulait continuer la démarche chronologique les deux milieux devraient se corréler. D’ailleurs, l’ouvrage «  The art of Tim Burton » montre bien ce point, en se divisant par différents thèmes, dans lesquels, les créations artistiques de jeunesse se mêlent avec des objets cinématographiques. Mais le but des commissaires d’exposition étaient de montrer les deux casquettes de Burton : celle du cinéaste et celle du dessinateur.
Tim Burton désire qu’en sortant de l’exposition le visiteur est envie de dessiner, car peu importe si il dessine bien ou mal, l’important est le processus de création et l ‘émergence d’une idée.

Commissariat: Jenny He et Ron Magliozzi avec Rajendra Roy (MoMa)
Collaborateur artistique à la Cinémathèque française: Matthieu Orléan
Scénographie: Pascal Rodriguez
Graphisme: Marion Solvit.